Par Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH

"Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’Homme au nom
de nos intérêts économiques", promettait le candidat Sarkozy à Paris en avril
2007. "Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais de m'ériger en
donneur de leçons" affirme le président du même nom un an plus tard.
Combien de temps encore devrons nous supporter ces volte-faces de langage et
ces insultes faites au nom d’une “diplomatie de boutiquier” indigne d’un chef
d’Etat démocratique ?
Notre étonnement n’est cependant que très partiel, surtout lorsque l’on se souvient avec quel mépris l’ancien ministre de l’Intérieur traitait ces “droits-de-l’hommistes” qui osaient remettre en cause il y a quelques années sa politique migratoire. Mais lorsque Nicolas Sarkozy affirme aujourd’hui que “les libertés progressent” en Tunisie, que certaines réformes s’inscrivent même sur le “chemin (…) de la liberté et du respect des individus”, d’autres références empruntées à Orwell nous viennent à l’esprit :
“Le mot “libre” existait encore en novlangue, écrivait ainsi l’auteur de 1984, mais ne pouvait être employé que dans des phrases comme « le chemin est libre ». Il ne pouvait être employé dans le sens ancien de « liberté politique » ou de « liberté intellectuelle ». Les libertés politique et intellectuelle n’existaient en effet plus, même sous forme de concept”
Alors que des avocats, des syndicalistes ou des journalistes, des « donneurs de leçons » tunisiens qui osent critiquer le régime, sont systématiquement harcelés, arrêtés arbitrairement, ou encore agressés dans la rue. A l’heure même où des responsables de journaux d’oppositions sont en grève de la faim pour leur liberté d’expression, les méthodes des autorités tunisiennes se trouvent ainsi confortées par cette novlangue contemporaine, dictée par les seuls intérêts stratégiques d’un président en perte de vitesse dans les sondages. Rama Yade a certes rencontré mon ami Mokhtar Trifi, président infortuné de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, dont les locaux sont fermés et qui doit faire face à plus de 30 procès intentés par le régime. Mais cette rencontre en catimini saura-t-elle laver l’affront fait aux femmes démocrates tunisiennes, dont elle a brutalement et au dernier moment décliné linvitation ?

par Gaël
Grilhot









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