Pluie battante, cohue, piqûre de rappel que constitue le petit rassemblement de Palestiniens venus protester contre l’honneur fait aux écrivains israëliens. Du coup, l’on piétine en se posant quelques questions diaboliques : peut-on représenter sa culture sans forcément représenter son gouvernement ? Peut-on être un émissaire de son Etat sans forcément en partager toutes les valeurs ? Quels sont les fondamentaux d’une démocratie ?

Et puis la foule s’ébranle, je vais enfin entrer.

C’est fait, me voici au chaud et entourée de livres de toutes origines, de toutes formes, de toutes couleurs, quand l’amie qui m’accompagne s’écrie : « C’est fou, nos sacs n’ont même pas été contrôlés ! ».

Eh oui, quel sentiment de liberté ! Et l’on se reprend à penser avec une nostalgie bénie et qui paraît bien lointaine où l’on pouvait entrer et sortir de tous les lieux publics sans subir ce qui est devenu maintenant une routine, la fouille mécanique des sacs par des employés qui auraient sans doute des tâches plus constructives à faire. Certes, c’est pour notre sécurité, nul n’en doute et nul ne le remet radicalement en question.

Mais tout de même, ne peut-on pas rêver de vivre dans un monde où ces réflexes seraient devenus parfaitement inutiles ? ne devrait-on pas, encore et toujours, considérer que l'atteinte aux libertés devrait être minimale, justifiée et qu’il faut s’attaquer à la racine ce de qui les grignote ?