Certes, à les entendre, ils auraient préféré que ces jeux aient lieu ailleurs, dans un pays où les libertés d’expression et d’association sont respectées. Mais si cela avait été le cas, à combien aurait pu s’élever le nombre de pays candidats ? Non, en définitive, l’essentiel reste bel et bien pour eux de participer, même si pour beaucoup, participer ne veut pas dire se taire.

La victoire de certains de ces sportifs peut même a fortiori faire beaucoup d’effet. Des JO de Berlin, ne retient-ont pas surtout aujourd'hui la formidable performance d'un Jesse Owens, merveilleux athlète noir dont les performances ont alors fait blêmir Adolph Hitler ? Que dire alors de ce pas supplémentaire franchi en 1968, avec les poings levés de Tommie Smith et John Carlos sur le podium de Mexico ? Le sacrifice de ces derniers – tous deux ont été exclus à vie de leur fédération - n’aura pas été inutile pour la communauté afro-américaine alors en quête d’une reconnaissance internationale, pour la conquête de leurs droits civiques. Leur performance sportive, tout autant que leur courage résonnent encore dans nos mémoires.

En leur souvenir, nous ne devons plus laisser aux seuls sportifs le poids de notre conscience. Et si l’on peut se réjouir qu'à Pékin, beaucoup tenteront de faire entendre leur voix, c’est aujourd’hui d’abord aux politiques, aux instances de l’olympisme et aux sponsors de montrer que les temps ont changé.

La tenue des Jeux à Pékin est une formidable opportunité pour la communauté internationale de faire passer un message fort au gouvernement chinois . Ce constat est d’ailleurs partagé depuis longtemps par les organisations partenaires de la FIDH en Chine et au Tibet : boycotter les JO, nous disent-elles, c'est reprendre la main tendue aux démocrates et aux défenseurs des droits de l'Homme. Pire encore, cela risque de conforter le nationalisme de l'empire du milieu que le gouvernement sait si bien instrumentaliser.

Les Tibétains qui dénoncent les violations systématiques de leurs droits culturels et de leur liberté de religion, prennent aujourd’hui tous les risques pour profiter de la fenêtre médiatique qui leur est offerte, tout comme ces citoyens anonymes qui dans toute la Chine, protestent depuis des mois contre les expulsions forcées, les salaires impayés, la corruption des autorités locales…

En effet, en 2001, les autorités chinoises avaient prétendu que confier à Pékin l’organisation des Jeux contribuerait au développement des droits de l’Homme. Le moins que nous puissions dire, est que nous sommes loin du compte. Et à l’approche de l'échéance des Jeux, la politique de répression systématique des voix dissidentes s’accroît en effet de plus en plus.

« … préserver la dignité humaine »

Ces derniers jours, la FIDH a saisi le CIO en lui transmettant une liste de prisonniers d’opinion et l’enjoignant à demander leur libération. En tant que garant de la Charte olympique, celui-ci a en effet pour mission de protéger les valeurs essentielles de l'Olympisme dont le but, rappelons-le, est entre autre de « promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ». Dans la réponse qu’elle vient de nous transmettre, la présidence du CIO persiste malheureusement dans la démission : « Nous ne sommes pas d’accord avec vous, lorsque vous affirmez que (notre rôle) est de faire pression sur quelque gouvernement (…) et certainement pas sur des questions relevant de la souveraineté. »

Nous ne désespérons pas que le CIO sorte enfin de sa neutralité bienveillante - sinon intéressée - à l’égard des autorités de Pékin. Mais au fond, les JO ne lui appartiennent plus, et c’est justement au nom de l’universalité de leur message, que nous appelons la communauté des Etats à rompre le silence : les responsables politiques doivent faire le choix de ne pas se rendre à la cérémonie d’ouverture des Jeux. Quant aux sponsors, ils doivent démontrer leur refus de tirer profit de l’arbitraire. Par responsabilité, bien sûr, mais aussi par intérêt.

Les Jeux les yeux fermés : à chacun de démontrer que cette époque est révolue !

  • Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH
  • Daniel Herrero, ambassadeur de la FIDH


**Poster vos idées et vos recommandations : http://www.fidh.org/actinsidechina/