Puis il y a eu la panique des organisateurs, les interruptions de parcours, l'incroyable subtilisation de la flamme qu'un homme en bleu de la sécurité chinoise a éteinte après l'avoir enlevée des mains de David Douillet (et là j'en ai déjà moins gros sur le tatami tellement ce type a l'air fayot quand il la ramène, aussi bon sportif qu'il ait été naguère, là n'est pas le débat), les drapeaux noirs de RSF vite interprétés du côté de l'anarchie et de la perturbation malvenue du point de vue des tenants de l'ordre, qui ne savent que parler en terme de permis et de défendu : ce jour-là il était défendu d'être tibétain, semble-t-il, même et surtout en pensée; aussi certains drapeaux furent-ils saisis, en guise de bien peu glorieuses pièces à conviction ou trophées ravis aux ennemis des autorités. Mais vouloir escamoter une population aux yeux du monde c'est déjà commencer à la tuer, c'est un déni d'existence, or nous, militants, nous ne nions justement pas que la Chine existe : nous souhaitons juste qu'elle change en mieux.

Je ne peux résister à l'idée de penser que, téméraires ou pas, il y a du bon dans le fait que les gens ont aujourd'hui réappris un peu à contester l'Etat quand il devient par trop d'ostentation outrancièrement policier dans ses parades et ses cérémonies protocolaires. 14h45 ici, et à Pékin, ô lamentable soumission : pendant la catastrophe en cours des athlètes et responsables des milieux sportifs européens pressaient, paraît-il le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, de leur donner des règles plus claires sur ce qu'ils pourront dire ou non lors des jeux Olympiques de Pékin en août (http://tempsreel.nouvelobs.com). Moi ça me rappelle un vague truc dans un sketch de Coluche qui parodiait certains milieux et sphères de la politique médiatisée, et ça disait ceci à un endroit : « On s'autorise à penser dans les milieux autorisés... » : vous compléterez vous-vous mêmes en réécoutant le sketch quand vous retomberez dessus... et ça me rappelle aussi que je ne veux pas me laisser dicter ma propre pensée. Et vous ? Enfin, une dernière chose, à méditer sur le monde comme il va ces temps-ci ou pourrait aller si notre vigilance baisse dans les temps futurs : c'est dans un cours de Michel Foucault intitulé Sécurité, territoire, population et ça dit ceci : « L'ordre, c'est ce qui reste lorsqu'on aura empêché en effet tout ce qui est interdit ».