Placébos

Quand bien même, qu’eut pesé cette visite de la Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme face au silence de plus en plus assourdissant de son ministre de tutelle. Cette attitude troublante de Bernard Kouchner témoigne d’ailleurs une fois de plus du peu de cas qui est fait des droits de l’Homme dans la conduite des Affaires étrangères en France. Consternant, de la part du French Doctor, dont les remèdes servent désormais au mieux de placébos, au pire à agraver les blessures portées aux Sociétés civiles de ces pays .

Au lieu du “geste fort” promis en matière de droits de l’Homme, nous avons donc eu droit à un satisfecit général apporté à Ben Ali sur cette question. Un discours qui plus est doublé de propos douteux, tenus dans la droite ligne de ceux prononcés à Dakar, et qui ont tant terni l’image de la France sur tout le continent africain.

Sans être « donneuse de leçons », la diplomatie française se doit d’être sûre des valeurs universelles qu’elle est censée défendre, et cela passe par des mots, courageux, fermes, critiques aussi. L’accord d’association qui lie l’Union européenne à la Tunisie prévoit ainsi une large place laissée à la promotion des droits des droits de l’Homme. Pourquoi Nicolas Sarkozy, qui représentera l’Union dans quelques semaines, a-t-il choisi de l’ignorer ? Ses errements sémantiques ont sans aucun doute déjà renforcé l’emprise d’un régime autoritaire sur une société civile plus que jamais étouffée. Et l’on craint dés lors les dégats colatéraux dans les autocraties de la région, rassurées par tant de sollicitudes.

Plus inquiétant en cette année de soixantenaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, c’est à une véritable offensive relativiste à laquelle nous avons assisté à Tunis. Sur les modèles de discours qu’ont déjà pu prononcer Vladimir Poutine, Mahmoud Ahmadinejad, ou encore Georges Bush, passés maîtres dans ce travestissement de la réalité.

Nous ne pouvons aujourd’hui qu’espérer une inflexion de cette orientation diplomatique, et que le président Sarkozy, en tirant le bilan de son année passée à la tête de l’Etat, saura également dans ce domaine reconnaître ses « erreurs ».

  • Tribune originale publiée dans l'hebdomadaire français Les Inrockuptibles daté du 13 mai 2008, sous le titre :

"Sarkozy béni-oui-oui chez Ben Ali"