L’Obstination du témoignage
Par FIDH le jeudi 19 juin 2008, 16:30 - Campagnes - Lien permanent
Publication du Rapport annuel 2007 de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (Programme conjoint de la FIDH et de l'OMCT).
A l'occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et du 10ème anniversaire de la Déclaration dea Nations unies sur les défenseurs des droits de l'Homme, l'Observatoire souhaite, en publiant son rapport annuel 2007, célébrer l'obstination du témoignage de tous les défenseurs des droits de l'Homme partout dans le monde.
Rapport complet en PDF (349 pages)
Rapports disponibles sur les sites suivants :
Nous remercion l'aimable contribution de
Monseigneur Desmond Mpilo Tutu
- Archevêque et lauréat du Prix Nobel de la Paix, 1984 (Afrique du sud)
Pendant des décennies, l’Afrique du sud fut probablement l’un des pays où les violations des droits de l’Homme étaient les plus graves et les plus répandues. Le système généralisé de l’apartheid niait le principe même sur lequel s’ouvre la Déclaration universelle des droits de l’Homme, c’est-à-dire celui de l’égalité entre tout être humain quelque soit sa race, son sexe ou sa naissance. Ayant érigé en loi l’inégalité entre tous les hommes, le régime d’apartheid ne pouvait se maintenir que par la violence et la force. L’inversion des valeurs était telle que c’est la revendication à la légalité qui apparaissait comme un crime et sa négation comme un droit.
Face à une telle situation, la tentation était forte de répondre à cette oppression avec les mêmes armes qu’elle utilisait pour s’imposer. Il fallut de solides convictions et un attachement profond aux valeurs éthiques et fondamentales pour mener un combat au nom des droits de l’Homme en respectant les principes de non-violence et de conquête pacifique des droits niés. Les femmes et les hommes qui entreprirent cette longue marche vers un État de droit s’interdirent de recourir à la violence pour faire triompher la justice. Ils crurent à la force de la persuasion et à la nécessité d’inscrire leur action dans un cadre respectueux de l’autre, même si celui-ci ne les respectait pas.
En agissant ainsi, ces femmes et ces hommes furent des victimes d’autant plus faciles à réprimer qu’elles refusaient d’utiliser les moyens de leurs bourreaux. Leurs actions devaient inciter une minorité agissante de leurs concitoyens, et notamment dans la minorité blanche, à soutenir leurs revendications et à se solidariser avec leur lutte. Ces défenseurs des droits de l’Homme, qui n’agissaient pas directement pour protéger leurs droits mais afin que tous les droits soient reconnus à tous les hommes, subirent eux aussi les exactions d’un pouvoir injuste.
Pourtant, leur rôle fut fondamental, non seulement par la protection et le soutien qu’ils apportèrent aux leaders de la lutte anti-apartheid, mais aussi par leur rôle de pont entre ces activistes des droits de l’Homme et les membres de leurs propres communautés, qui peu à peu finirent par découvrir que le système était non seulement injuste, mais aussi condamné.
Au moment de la transition vers un régime démocratique et respectueux de tous les enfants de l’Afrique du sud, le risque était terrible de voir la majorité si longtemps victime se révolter et se venger. Chacun attendait tout en redoutant le conflit que nombre d’experts considéraient comme inévitable. Si l’Afrique du sud moderne a pu naître en évitant l’effusion de sang c’est avant tout grâce à des leaders comme Nelson Mandela qui, après des années de détention illégale dans des conditions inhumaines, surent donner l’exemple de responsables soucieux de la dignité humaine et de l’application du droit pour lesquels ils s’étaient toujours battus. Mais, vraisemblablement, si le message a pu être reçu au sein de la minorité blanche dont l’aveuglement avait si longtemps perpétué un régime ignoble, c’est peut être grâce à ces défenseurs des droits de l’Homme qui au sein même de cette communauté avaient inlassablement rappelé le sens de la dignité humaine. Les défenseurs de droits de l’Homme ne sont pas seulement des protecteurs de ceux qui luttent pour la justice lorsque celle-ci est niée, ils sont aussi des facteurs indispensables de pacification lorsque celle-ci enfin triomphe.







