« Nous avons tous quelque chose à cacher »
Par FIDH le vendredi 5 décembre 2008, 13:00 - Humeurs - Lien permanent
Par

Dan Van Raemdonck
- Vice-Président de la FIDH
Les droits de l’Homme s'inscrivent dans la perspective d’une tension entre l’individuel et le collectif. À partir d’une nécessaire estime de soi, le citoyen-acteur de droits s’ouvre à l’autre, dans une réciprocité de reconnaissance de dignité et de droits. C’est dans son contexte social qu’il se réalise. C’est également la communauté qui lui reconnaît et lui garantit sa dignité et ses droits. L’autre considéré non seulement comme un alter ego, mais surtout comme un alter égal. Pour régler harmonieusement ces échanges de reconnaissance, la considération et le respect d’un espace privé apparaît comme la garantie pour l’individu de pouvoir penser, être, exprimer et agir en toute autonomie et indépendance. Toute atteinte à l’espace privé met en danger la réalisation de soi et, par ricochet, la reconnaissance de l’autre.
Or aujourd’hui, les atteintes sont nombreuses. Ainsi, les combats menés récemment par nos états contre des ennemis parfois réels, parfois fantasmés ( le terroriste, l’organisation criminelle, l’intégriste islamiste…) ont conduit à raboter la vie privée de manière scandaleuse et disproportionnée, en faisant passer la pilule à coup d’instillation de peur et de renforcement abusif du contrôle social. Vous avez dit paranoïa ? Si un faisceau de présomptions peut constituer un début de preuve, je vous laisse apprécier ce florilège non exhaustif : loi sur les organisations criminelles, sur le terrorisme, sur les méthodes particulières d’enquête et de recherche, transmission par des compagnies aériennes des données passager à caractère personnel, constitution par des institutions étatiques ou par des entreprises de banques de données croisées, généralisation et banalisation du contrôle via les nouvelles technologies (puces RFID…), installation généralisée de caméras de vidéo-surveillance, surveillance de voisinage ou par des agents des services publics, incitation à la délation, instauration de couvre-feux … toutes choses qui sont parvenues à faire abdiquer par le citoyen lambda une partie de sa vie privée au prétexte inconsidéré qu’ « il n’aurait rien à cacher ». Or, comme l’aurait écrit ce grand révolutionnaire de Benjamin Franklin, " Those who would give up Essential Liberty to purchase a little Temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety "*. Aujourd’hui s’impose d’urgence une redéfinition des limites des espaces — privé et public — et la garantie du respect de la vie privée.
- Quiconque serait prêt à sacrifier sa liberté fondamentale pour une petite sécurité provisoire ne mérite ni l'une ni l'autre. Egalement attribué à Richard Jackson


