Enfin, et il ne faut pas se le cacher, le nombre d’arrestations et de poursuites lancées sur le continent africain renvoient aussi à la gravité des crimes qui y sont perpétrés. Viols exécutions, tortures, déplacement forcés: les pires atrocités, massives et systématiques, commises, en toute impunité, et dès lors, une question se pose : devrait-on les laisser impunies ? Si les bourreaux sont africains, n’oublions jamais que les victimes le sont également.

La décision du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des poursuites à l’encontre du président soudanais el-Béchir a cependant accru le sentiment de partialité de cette institution, l’événement étant intervenu peu de temps après l’arrestation à Bruxelles de l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba. Doit-on cependant rappeler ici que les Etats du continent africain, et nous nous en réjouissons, sont les plus nombreux à avoir ratifier le statut de la CPI. Ce sont ces Etats eux-même qui ont saisi le Procureur de la CPI lui demandant d'ouvrir une enquête sur les crimes commis sur leur territoire, reconnaissant ainsi l'incapacité de leurs juridictions nationales. Enfin, rappelons que la Cour est composée de juges venant en grande partie du continent africain.

Certes les pays du Nord, – et nous ne cessons de le dénoncer -, tentent de protéger leurs ressortissants des poursuites pour les crimes atroces commis sur divers continents. Cette situation est intolérable. Aussi puissants qu’il soient, ils ne doivent pas échapper à leurs responsabilités. Juger les crimes de Saddam Hussein, sans respecter les règles d'un procès équitable, et en exemptant de toute responsabilité les puissances qui le soutenaient au moment des faits : n'est-ce pas là donner le sentiment réel de l'« in-justice internationale » qui domine dans les relations entre le Nord et le Sud ? Déjà pourtant, Donald Rumsfeld, en tournée de promotion en France en 2007, a senti passer de très près le vent de la justice. Visé par une plainte pour torture, l’ancien Secrétaire d’Etat américain à la défense n’a dû son salut, qu’en rejoignant en catimini l’ambassade de son pays. De la même manière, des dossiers construits se construisent pour les crimes commis par les occidentaux en Afghanistan, Irak et à Guantanamo, des poursuites sont parfois engagées. Dans tous les cas, il est indispensable que ces représentants du Nord répondent de leurs crimes.

Le gouvernement rwandais a ainsi présenté un rapport accablant concernant les responsabilités présumées des forces françaises durant le génocide de 1994. Dans tous les cas, une enquête s’impose à l’évidence sur ces faits, qui devra bien sûr aller plus loin que le rapport de la mission d'information parlementaire. Celui-ci avait conclu à l’absence totale de responsabilité de la France dans ce drame, ce qui avait alors fortement renforcé ce sentiment de deux poids deux mesures évoqué plus haut.

Au delà, cet exemple traduit paradoxalement l'objectif poursuivi par tous ceux qui, à travers la justice internationale, qui n'ont pour seul idéal que celui de permettre à leur propre justice nationale d'avoir enfin le pouvoir et la capacité de juger ses propres criminels. A l'instar par exemple du procès Fujimori, actuellement en cours au Pérou, inimaginable il y a seulement dix ans.

Tout comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dont nous fêtons cette année le soixantenaire, la justice internationale doit pouvoir s’appliquer sur tous les continents et pour toutes les victimes, c’est une évidence. Remettre en cause la justice au motif que certaines résistances freinent son action n’est pas une bonne démarche. Il faut au contraire nous unir pour vaincre ces freins, et faire en sorte que la justice pénale internationale s’applique, enfin, de façon universelle.