Une justice de blancs ?
Par FIDH le mardi 16 décembre 2008, 10:28 - Humeurs - Lien permanent

- Par Sidiki Kaba, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH)
Hissène Habré, Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba… : la liste s'allonge, de ces dictateurs, chefs de guerre ou tortionnaires du continent africain derrière les barreaux ou poursuivis par une justice extra-nationale. Il y a quelques années, les avancées du droit international nous faisaient espérer dans l’avenir, et nous étions nombreux alors, y compris sur le continent africain, à affirmer haut et fort, que « la peur avait changé de camp ». Enfin, les victimes, longtemps ignorées et laissées à leur sort, allaient avoir gain de cause, se confronter à leurs bourreaux, et pouvoir ainsi re-vivre.
Oui mais avec le temps, le doute s'est progressivement instillé dans une large partie de l’opinion publique africaine. Pourquoi cette liste aussi longue de personnalités africaines ? Aidées par une propagande efficace diffusée dans certains pays, les rumeurs se sont vite transformées en soupçons et les soupçons en accusations : la justice internationale est une justice de blancs, une justice qui ne fait que reproduire des schémas néo-colonialistes. Pire, ceux qui luttent au niveau national ou international pour que soit reconnu aux victimes le droit à la justice, sont désormais stigmatisés, et accusés de faire le jeu des pays du nord.
Il nous faut cependant repenser ici certains faits objectifs. La justice internationale ne s’intéresse pas uniquement aux dossiers du continent africain, les activités du Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie en constituant probablement l'exemple le plus probant. Tout comme les Chambres extraordinaires cambodgiennes, dont la mise en œuvre a permis d’instaurer les conditions du jugement d'anciens hauts responsables Khmers rouges encore en vie. Le Procureur de la Cour pénale internationale s'intéresse par ailleurs aux crimes commis en Colombie, en Afghanistan, en Géorgie, ... N’oublions pas également que nous fêtons cette année les dix ans de l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet, un épisode crucial de l’histoire de la justice internationale, qui allait ouvrir la voie à de nombreuses autres procédures nationales ou internationales.
Enfin, et il ne faut pas se le cacher, le nombre d’arrestations et de poursuites lancées sur le continent africain renvoient aussi à la gravité des crimes qui y sont perpétrés. Viols exécutions, tortures, déplacement forcés: les pires atrocités, massives et systématiques, commises, en toute impunité, et dès lors, une question se pose : devrait-on les laisser impunies ? Si les bourreaux sont africains, n’oublions jamais que les victimes le sont également.
La décision du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des poursuites à l’encontre du président soudanais el-Béchir a cependant accru le sentiment de partialité de cette institution, l’événement étant intervenu peu de temps après l’arrestation à Bruxelles de l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba. Doit-on cependant rappeler ici que les Etats du continent africain, et nous nous en réjouissons, sont les plus nombreux à avoir ratifier le statut de la CPI. Ce sont ces Etats eux-même qui ont saisi le Procureur de la CPI lui demandant d'ouvrir une enquête sur les crimes commis sur leur territoire, reconnaissant ainsi l'incapacité de leurs juridictions nationales. Enfin, rappelons que la Cour est composée de juges venant en grande partie du continent africain.
Certes les pays du Nord, – et nous ne cessons de le dénoncer -, tentent de protéger leurs ressortissants des poursuites pour les crimes atroces commis sur divers continents. Cette situation est intolérable. Aussi puissants qu’il soient, ils ne doivent pas échapper à leurs responsabilités. Juger les crimes de Saddam Hussein, sans respecter les règles d'un procès équitable, et en exemptant de toute responsabilité les puissances qui le soutenaient au moment des faits : n'est-ce pas là donner le sentiment réel de l'« in-justice internationale » qui domine dans les relations entre le Nord et le Sud ? Déjà pourtant, Donald Rumsfeld, en tournée de promotion en France en 2007, a senti passer de très près le vent de la justice. Visé par une plainte pour torture, l’ancien Secrétaire d’Etat américain à la défense n’a dû son salut, qu’en rejoignant en catimini l’ambassade de son pays. De la même manière, des dossiers construits se construisent pour les crimes commis par les occidentaux en Afghanistan, Irak et à Guantanamo, des poursuites sont parfois engagées. Dans tous les cas, il est indispensable que ces représentants du Nord répondent de leurs crimes.
Le gouvernement rwandais a ainsi présenté un rapport accablant concernant les responsabilités présumées des forces françaises durant le génocide de 1994. Dans tous les cas, une enquête s’impose à l’évidence sur ces faits, qui devra bien sûr aller plus loin que le rapport de la mission d'information parlementaire. Celui-ci avait conclu à l’absence totale de responsabilité de la France dans ce drame, ce qui avait alors fortement renforcé ce sentiment de deux poids deux mesures évoqué plus haut.
Au delà, cet exemple traduit paradoxalement l'objectif poursuivi par tous ceux qui, à travers la justice internationale, qui n'ont pour seul idéal que celui de permettre à leur propre justice nationale d'avoir enfin le pouvoir et la capacité de juger ses propres criminels. A l'instar par exemple du procès Fujimori, actuellement en cours au Pérou, inimaginable il y a seulement dix ans.
Tout comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dont nous fêtons cette année le soixantenaire, la justice internationale doit pouvoir s’appliquer sur tous les continents et pour toutes les victimes, c’est une évidence. Remettre en cause la justice au motif que certaines résistances freinent son action n’est pas une bonne démarche. Il faut au contraire nous unir pour vaincre ces freins, et faire en sorte que la justice pénale internationale s’applique, enfin, de façon universelle.



Commentaires
Cher Mr Kaba,
Je suis blanche, Européenne et n'ai jamais mis les pieds en Afrique. Je trouve le travail de la FIDH intéressant mais je ne peux m'empêcher de me sentir interpellée pas certaines des actions qui en découlent.
Vous frisez dans votre article la déclaration universelle des droits de l'homme... je présume que cette même déclaration englobe elle aussi les droits des prévenus, et postérieurement les droits des accusés ?
Ensuite vous mentionnez que la CPI est elle même composée de juges qui viennent du continent Africain... doit on comprendre qu'un Africain est nécessairement moins dure en relation à son "peuple" ? Doit on comprendre que les juges sont d'autant plus impartiaux qu'ils jugent leurs pairs ?
N'est il pas a escompté que les juges, independement de races ou couleurs, soient toujours impartiaux ?
La CPI est elle une justice de blanc ? Reproduit elle des schémas neo-colonialiste?...Étrangement ma réponse aurait été différente il y a de cela 1 an.
Quand je lis que Mr Moreno O Campo a commencé une enquête sur la RCA em Mars 2007, que cette enquete a aboutis a l'arrestation de Mr Bemba le 24 Mai et que bientôt 8 mois passés l'audience de charge n'a pas eu lieu... vous me permettrez de douter.
Quand je lis que le budget previsionel pour 2009, de cette meme CPI et exclusivement pour l'affaire Bemba est de 107.000 € juste pour frais d'enquetes, et que parrallélement, les juges de la CPI refusent à Mr Bemba de prélevé a titre "d'arriéré" de frais d'enquête 100.000 € sur son patrimoine personel... lá encore j'ai un doute.
Quand ce même juge dis ne pas comprendre qu'une équipe d'avocat qui se disent prêt pour l'audience de charge demandent 100.000 € à titre d'arriéres de frais d'enquête... j'ai de nouveau un doute... c'est un probléme de traduction et Mr le juge n'a pas compris le mot "arriéré" ou est ce un probléme de justice ?
Quand un 2éme repport d'audience à lieu pour motif d'absence d'un juge, aprés 7 mois de détention et plus d'un an d'enquête... me permettez vous de douter ?
Certaines questions processuelles me font douter de l'impartialité de la justice.
Tout comme certaines questions d'ordre moral me font douter... j'ai beaucoup de difficultés à comprendre que Mr Bemba soit arrêté quand Mr Bozizé, qui était quand même a l'origine du coup d'ètat, jouisse paisiblement de sa liberté.
Je ne peux manquer de me questionner sur cette toute nouvelle amitié de Mr Sarkozy avec Mr Dos Santos et de la coincidence de date avec l'arrestation de Mr Bemba... juste au moment ou Mr Sarkozy, 1 an aprés élections, a finalement reconnu le Gouvernement de Mr Kabila.
Il m'est difficile encore de voir que la FIDH n'a fait aucun commentaire au rapport de HRW sur le régime politique actuel de RDC...
Est une justice de blanc ou est une parodie globale ? Je serais trés heureuse d'entendre votre avis.
Bien à vous.
Cher Sidki Kaba,
Cest avec émotion que je vous lis à travers ces mots. Je me permets de vous questionner sur l'impartialité et l'honnêteté de cette cours. D'abord, je suis convaincu que les crimes commis ne seront pas ignorés et que leurs auteurs repondront devant la justice. Ces arguments me paraissent comme des slognas creux, d'autant que l'essentiel du travail fait par la CPI concerne la RDC. Je suis d'origine congolaise et voudrais que l'on me dise pourquoi les crimes commis en RDC , Ituri, Bundu Dia Kongo et à Kinshasa par les forces bien identifiées ( les éléments de la garde présidentielles) n'ont fait objet d'aucune plainte ? Pourquoi votre noble organisation, n'a pas appuyer Human Rights watch dans son rapport( On va vous écraser)?
Cette attitude me parait suspecte. Dois-je vous rappeler qu' il existe également des crimes de guerres commis en dehors de l'Afrique, notamment en Irak, en Palestine et partout ailleurs?
Qu'avez-vous fait pour que leurs auteurs soient traduits devant les juridictions internationales, telles la CPI? Je doute sincèrement de l'impartialité de cette cours que vous adoré. Curieusement, toutes vos enquêtes sont menées dans les pays où l'occident est dévarable à la politique de ces pays( Soudan, Zimbabwe , Congo de Sassou) ,. En RDC, vous suivez pratiquement, les personnes qui ne bénéficient pas la faveur de l'occident. C'est le cas de Bemba, Lubanga et c. Vous ne poursuivez pas surtout les auteurs de Bundu Dia Kongo ou Kiwandja ou encore ceux accusés par HRW. C'est ça la justice. En terminant, je vous demande de ne pas vous planter dans cette affaire Bemba et de ne pas cautionner la médiocrité car arrêter seul, Bemba et laisser les autres en liberté, est une injustice et l'histoire nous donnera raison un jour. Ma préoccupation est que cette justice que nous demandons de touts nos voaux, soit appliquée à tous.
Autrement, cette affaire risque de remettre en cause votre crédibilité comme cela a été avec l'affaire des disparus de Beach, où vos listes et noms étaient rejettés par plusieurs associtions à Brazzaville et à Paris.
Je compte sur vous pour afficher ma réaction.
Cher Sidki Kaba,
Cest avec émotion que je vous lis à travers ces mots. Je me permets de vous questionner sur l'impartialité et l'honnêteté de cette cours. D'abord, je suis convaincu que les crimes commis ne seront pas ignorés et que leurs auteurs repondront devant la justice. Ces arguments me paraissent comme des slognas creux, d'autant que l'essentiel du travail fait par la CPI concerne la RDC. Je suis d'origine congolaise et voudrais que l'on me dise pourquoi les crimes commis en RDC , Ituri, Bundu Dia Kongo et à Kinshasa par les forces bien identifiées ( les éléments de la garde présidentielles) n'ont fait objet d'aucune plainte ? Pourquoi votre noble organisation, n'a pas appuyer Human Rights watch dans son rapport( On va vous écraser)?
Cette attitude me parait suspecte. Dois-je vous rappeler qu' il existe également des crimes de guerres commis en dehors de l'Afrique, notamment en Irak, en Palestine et partout ailleurs?
Qu'avez-vous fait pour que leurs auteurs soient traduits devant les juridictions internationales, telles la CPI? Je doute sincèrement de l'impartialité de cette cours que vous adoré. Curieusement, toutes vos enquêtes sont menées dans les pays où l'occident est défavorable à la politique de ces pays( Soudan, Zimbabwe , Congo de Sassou) . En RDC, vous poursuivez pratiquement, les personnes qui ne bénéficient pas la faveur de l'occident. C'est le cas de Bemba, Lubanga etc. Vous évitez soigneusement surtout les auteurs de Bundu Dia Kongo ou ceux de Kiwandja ou encore ceux accusés par HRW.
C'est ça la justice ou puis-je qualifié cela de parodie de justice?
En terminant, je vous demande de ne pas vous planter dans cette affaire Bemba et de ne pas cautionner la médiocrité car arrêter seul, Bemba et laisser les autres en liberté, est une injustice et l'histoire nous donnera raison un jour. En qoui les victimes de Bozizé, Meskine et Patassé sont moins importantes à celles de Jean-Pierre Bemba? Ma préoccupation est que cette justice que nous demandons de touts nos voeux, soit appliquée à tous, sans condsidérations politiques et raciales. Avez-vous le même sentiment que moi? Alors prouvez-le à travers votre travail t d'une manière independate surtout.
Autrement, cette affaire risque de remettre en cause votre crédibilité comme cela a été avec l'affaire des disparus de Beach, où vos listes et noms étaient rejettés par plusieurs associtions à Brazzaville et à Paris.
Je compte sur vous pour afficher ma réaction.
je trouve des sujets tres interessants sur les droits de l'homme en afrique. c.p.i est un cadeau venu du ciel pour nos africains....pourvu qu'on sache utilise cet noble instrument....mais a mon humble connaissance il ya beaucoups de chemin a parcourir..... la belle parole legendaire du grand jugurta ce n'est pas pour demain. (l'afrique aux africains). et pour des raisons suivantes: l'afrique n'est pas sortie du colonialisme meme si elle en sort imediatement un autre colonialisme apparait....si ce n'est la france, c'est kadafi, si ce n'est l'angleterre, c'est omar el-bachir au soudan....qui commettent des genocides a ciel ouvert....avec de l'argent du petrole on peut corrompre tout le monde.... et meme les fonctionnaires de l'o.n.u.... ce n'est un secret de polichinelle....l'affaire de gaza a happee tous les medias meme surmediatises... alors les kurdes...les tamoules ....les touaregs ...les gens du darfour...les berberes de lybies...du maroc...d'algerie... hutus.... etc la liste est tres grandes .personne ne s'interesse a leurs causes a leurs souffrances... parceque ils n'ont rien a donnes... les pauvres..... ils ne peuvent compter que sur la justice immanente.et puis le grand drame comment enseigner les droits de l'homme en afrique ou sensibiliser quant les libertes sont baillonnees... quand les gens ont peur . meme en sport comment les joueurs peuvent developpes leurs talents lorsque vous assister au lynchage prepare par les responsables du club d'accueil....l'equipe visiteuse a pris la fuite. le lendemain la radio, la television,les journeaux ont tous travestes les faits....et compris le comissaire du match.... tout est falsifie d'un tour de main. cela c'est deroule en algerie,mais peut se derouler dans n'importe stade d'afrique... comment parler des droits de l'homme lorsque les gens sont inconcients d'aucune ethique diregent des equipes de sport,des universites... dans les radio,les televisions et meme dans les mosquees... etc. font des omra et le hajj...au lieu d'eduquer ce sont ces memes gens qui pronnent la violence,la corruption, soutiennent le terrorisme,le genocide...on dirait leur intellegence est au service du mal. et ces gens la bien condideres...bien reçus dans les hautes spheres comme des nababs.....alors on peut resumer comme disait le regrette rene dumont l'afrique est mal partie. elle mettra du temps pour se relever... un long chemin pourvu qu'on reprenne jugurta....et les pulsions de l'afrique profonde... de l'afrique humaine et a rejeter a jamais ces residus du colonialisme d'ou qu'il vienne...an samer c'est a dire on peut toujours etre optimiste mere afrique.