Le Jour où Dieu est parti en voyage*, un film de Philippe van Leeuw
Par FIDH le lundi 2 novembre 2009, 16:40 - On aime, on aide - Lien permanent

Par Souâd Belhaddad, journaliste
Au Rwanda, la nature est aussi belle que cruelle. Dès le début, le film de Philippe van Leeuw Le jour où Dieu est parti en voyage, le pose presque comme un postulat. Belle comme la forêt où Jacqueline, nourrice chez des coopérants belges, se repose lors d’une après midi de familiale, non loin d’une cascade enchanteresse. Cruelle comme la forêt où cette même Jacqueline se réfugie, au moment du génocide des Tutsi, déclenché en avril 1994 et qui a duré cent jours. Ses employeurs, qui ont dû fuir vite le pays, l’ont auparavant cachée dans un faux plafond. Extrait numéro 1
Là-haut, Jacqueline deviendra témoin du génocide, sans y assister de visu. Elle entend les génocidaires, et c’est comme si elle les voyait. La puissance de la bande-son à rendre compte de la haine des génocidaires, de leurs cris de rage comme ceux d’excitation lorsqu’ils pillent la maison où elle se terre, est un choix scénique judicieux de la part de Philippe Van Leeuw. On reçoit la violence extrême de ce génocide plus que si on en voyait des images explicites. « L’enfermement dans lequel est le personnage, la façon dont elle ressent cette violence sont plus éloquents. Car monter la violence du génocide est inatteignable. »
La situation que vit Jacqueline, dans ses premières scènes - être victime du génocide sans y assister de visu – a été celle de nombreux rescapés. Pour mettre leur témoignage en doute, les avocats de génocidaires, au Tribunal International d’Arusha, ont abusé de cet argument, du reste : comment, vous n’avez rien vu et vous prétendez témoigner ?... De ce point de vue, Le jour où Dieu est parti en voyage, est un film qui prend le parti résolu et incontestable de la victime. La caméra suit Jacqueline pas à pas, lorsqu’elle retourne dans sa colline natale, retrouve ses enfants massacrés par des voisines proches et qu’on lui dénie le droit même de récupérer leurs dépouilles. Elle se réfugie alors dans la forêt et s’enfonce peu à peu dans la folie. « La question qui me préoccupe, dit Philippe Van Leeuw, c’est celle de la survivance, quand la qualité d’humain ne nous est plus reconnue. Quand le conflit en soi est entre la l’instinct et la raison. L’un nous pousse à la (sur)vie, l’autre nous demande d’en finir. » Sa position éthique – être du coté des victimes – se retrouve dans les scènes où apparaissent des génocidaires car… justement, ils n’apparaissent pas. Des ombres sont filmées, des voix, jamais des visages à l’exception d’un seul. « Pour ériger la personnalité d’un rescapé, il me paraît impossible de personnaliser également celle du tueur. Ce serait circonstancier son acte, son choix et relativiser la figure de la victime. Moi, je voulais être à tout prix du côté de la victime. »
Le défaut du film est peut-être que cette intention transparaît trop. De la première scène à la dernière, la caméra de Van Leew ne quitte jamais son personnage, filmé la plupart du temps en plan serré, trop serré parfois pour le spectateur qui ne souhaite pas assister à la déchéance de Jacqueline. Ne serait-ce que parce qu’on sait que la fiction restera toujours en dessous de ce que la réalité de ce génocide des Tutsi a été…
A noter, également, la sortie depuis une dizaine de jours d’un autre film sur le Rwanda. Munyurangabo, fiction d’une grande intensité (tournée en kynyarwanda)de Lee Isaac Chung, raconte l’amitié entre deux adolescents de Kigali, l’un Hutu, l’autre Tutsi, qui se fissure lorsqu’ils rendent visite à la famille du premier. C’est un film magnifique, qui retranscrit étonnamment bien le verbe rwandais : ses musiques, ses silences, ses métaphores. C’est aussi un film qui dit qu’après un génocide, ans l’esprit de beaucoup, il y a encore un génocide. Munyurangabo
* Le titre du film fait référence à un dicton rwandais : après avoir voyagé toute la journée ailleurs, Imana, le Dieu unique à tous les Rwandais, revient toujours dormir au Rwanda qu’il considère le plus bel endroit au monde.
La FIDH soutient ce film.



Commentaires
Au Rwanda et en grande partie de l'Afrique, ces génocides se passe. Et si elles violent tous les articles du universel DD.HH. Movie Show spécial, mais difficile dans la réalité. Et il élargit dans les pays en développement et autres brutalités tel. Merci pour votre organisation et d'autres peuvent découvrir ce monde sous-hommes. Salutations. Oscar Gelvez