Le BLOG de la FIDH

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Compétence Universelle

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 27 mars 2009

Affaire Ben Saïd : Deux questions à Patrick Baudouin

baudouin_p7.jpg* Président d’honneur de la FIDH et avocat au Barreau de Paris, en charge de la coordination du Groupe d’action judiciaire de la FIDH

Quelles leçons faut-il tirer de ce procès ?

Il convient tout d’abord de souligner que ce procès est un grand succès pour la compétence universelle mais surtout pour les victimes de la torture en Tunisie. Malgré les multiples embûches auxquelles les parties civiles ont été confrontées et après sept années d’instruction, ce procès a pu avoir lieu. Mais ce procès a également mis en lumière les difficultés inhérentes à ce type de procédure : ainsi l’absence totale de coopération des autorités tunisiennes a eu pour conséquence l’impossibilité de recueillir des éléments matériels qui seraient venus conforter les déclarations de la plaignante. De même, le mandat d’arrêt qui a été délivré très tôt par le juge d’instruction dans la procédure n’a jamais été mis à exécution, ce qui a privé la justice française de pouvoir juger Khaled Ben Saïd en sa présence. Malgré tout ces obstacles, les magistrats de la Cour d’assises du Bas Rhin ont su faire preuve d’indépendance.

Que penser de l’appel du parquet contre la décision de condamnation de Khaled Ben Saïd ?

Il est stupéfiant et rarissime que le ministère public fasse appel d’une décision de condamnation d’une Cour d’assises en vue d’un acquittement lors d’un second procès. Cela ne fait que traduire l’ingérence politique au nom de relations entre Etats, ainsi que la volonté constante tout au long de cette affaire de la part des autorités françaises de ménager les responsables tunisiens et notamment le premier d’entre eux, le Président Ben Ali. Le parquet a d’ailleurs reconnu qu’il avait agi sur instructions du Ministère de la Justice. Nous ne sous-estimons pas les obstacles que nous allons rencontrer au niveau du procès en appel mais nous gardons l’espoir d’une primauté du droit et de la justice sur la raison d’Etat et le règne de l’impunité.

La FIDH sur l’affaire Ben Saïd

mardi 16 décembre 2008

Affaire Ben Saïd : le procès de la torture en Tunisie.

Le 15 décembre 2008, Khaled Ben saïd, ancien diplomate tunisien, a été condamné à 8 ans de prison pour torture pour des faits commis en Tunisie.

La plaignante, Madame Gharbi, ainsi que Stéphane Hessel, de passage au siège de la FIDH, réagissent ici au verdict.


Maître Radhia Nasraoui livre ses impressions 12 heures après le verdict.



Une justice de blancs ?

sk.jpg

  • Par Sidiki Kaba, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH)

Hissène Habré, Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba… : la liste s'allonge, de ces dictateurs, chefs de guerre ou tortionnaires du continent africain derrière les barreaux ou poursuivis par une justice extra-nationale. Il y a quelques années, les avancées du droit international nous faisaient espérer dans l’avenir, et nous étions nombreux alors, y compris sur le continent africain, à affirmer haut et fort, que « la peur avait changé de camp ». Enfin, les victimes, longtemps ignorées et laissées à leur sort, allaient avoir gain de cause, se confronter à leurs bourreaux, et pouvoir ainsi re-vivre.

Oui mais avec le temps, le doute s'est progressivement instillé dans une large partie de l’opinion publique africaine. Pourquoi cette liste aussi longue de personnalités africaines ? Aidées par une propagande efficace diffusée dans certains pays, les rumeurs se sont vite transformées en soupçons et les soupçons en accusations : la justice internationale est une justice de blancs, une justice qui ne fait que reproduire des schémas néo-colonialistes. Pire, ceux qui luttent au niveau national ou international pour que soit reconnu aux victimes le droit à la justice, sont désormais stigmatisés, et accusés de faire le jeu des pays du nord.

Il nous faut cependant repenser ici certains faits objectifs. La justice internationale ne s’intéresse pas uniquement aux dossiers du continent africain, les activités du Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie en constituant probablement l'exemple le plus probant. Tout comme les Chambres extraordinaires cambodgiennes, dont la mise en œuvre a permis d’instaurer les conditions du jugement d'anciens hauts responsables Khmers rouges encore en vie. Le Procureur de la Cour pénale internationale s'intéresse par ailleurs aux crimes commis en Colombie, en Afghanistan, en Géorgie, ... N’oublions pas également que nous fêtons cette année les dix ans de l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet, un épisode crucial de l’histoire de la justice internationale, qui allait ouvrir la voie à de nombreuses autres procédures nationales ou internationales.

Lire la suite...

samedi 13 décembre 2008

Strasbourg le 15 décembre, capitale de la lutte contre l'impunité.

Par Claire Tréan
Tournons nos regards vers Strasbourg, le 15 décembre. Non pas comme les milliers de touristes attirés par le marché de Noël, mais parce que la Cour d'Assises du Bas-Rhin va être ce jour-là le théâtre d'un événement majeur. Elle jugera Khaled Ben Saïd, un Tunisien, ancien commissaire de police dans son pays, et présumé tortionnaire dans l'exercice de cette fonction. A cette seule phrase, j'entends déjà fuser les questions incrédules et resurgir les polémiques. Pourquoi à Strasbourg? Pourquoi lui plutôt que tant d'autres? De quoi la justice française se mêle-t-elle? De quel droit "la France" prétendrait-elle donner des leçons à "la Tunisie"? Etc.. Vieilles incompréhensions, vieilles controverses, vieille mauvaise foi aussi encore bien ancrée chez certains, à l'ombre desquelles on continue de torturer impunément, en Tunisie et ailleurs.

Pour la FIDH, ce procès est d'abord l'aboutissement d'une action au long cours pour soutenir Zoulaikha Gharbi, la victime et aujourd'hui plaignante, dans son exigence de justice. C'est aussi un nouveau pas franchi vers le respect effectif du fameux mécanisme dit de "compétence universelle", si mal aimé des autorités politiques en général et encore mal compris dans certains secteurs de l'opinion, mais qui n'en figure pas moins dans les textes internationaux contre la torture ainsi que dans le Code pénal français, et que les défenseurs des droits de l'homme tiennent pour un instrument crucial de leur combat contre l'impunité. C'est l'occasion pour eux, une fois encore, de l'expliquer et de le défendre, pour qu'enfin il s'impose.

Lire la suite...

mercredi 22 octobre 2008

Dati veut aussi supprimer les tribunaux internationaux

Par SYLVIE COMA (Article paru dans Charlie Hebdo, le 15 octobre 2008)

Un projet de loi sur la « compétence universelle » de la France sera bientôt en débat à l'Assemblée. Les criminels de guerre peuvent égorger tranquille. Ce n'est pas avec ce texte que les juges français pourront les coffrer.

Quand Rachida Dati se pique d'aider la Cour pénale internationale (CPI) dans sa lutte mondiale contre l'impunité, c'est en y mettant une « french touch » des plus originales. Pour célébrer, avec le faste requis, le dixième anniversaire du traité de Rome, la garde des Sceaux a décidé d'étendre la « compétence universelle » de la France. C'est vrai que, pour l'heure, celle-ci est plutôt étriquée, puisqu'elle s'arrête aux actes de torture et de terrorisme, ignorant allègrement les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide (à l'exception de ceux commis au Rwanda et en ex-Yougoslavie, jugés par deux tribunaux internationaux spécifiques, avec lesquels nous avons des accords de coopération).

La ministre a donc inséré dans le Code de procédure pénale un article « novateur », selon ses dires, qui « va même au-delà des exigences de la Cour pénale internationale » Las. Force est de constater que le bolide législatif est aussi performant qu'une voiture à pédales avec des roues carrées. Les 44 organisations de la Coalition française pour la Cour pénale internationale (CFCPI) ne s'en sont toujours pas remises. Selon l'avocat Simon Foreman, président de la Coalition et membre d'Amnesty International, « aucun système juridique en Europe n'accumule autant d'obstacles à la poursuite des criminels de guerre et des génocidaires »...

Lire la suite...

mardi 15 juillet 2008

Bienvenue aux bourreaux

Par Patrick Baudouin

  • avocat à la Cour, président d’honneur de la FIDH.

On sait que les responsables des crimes les plus massifs et les plus abominables demeurent impunis, dans la mesure où les tribunaux de leur pays ne peuvent ou ne veulent les poursuivre et les juger. Ce constat a conduit à la création de juridictions internationales, et principalement, en juillet 1998, de la Cour pénale internationale (CPI), laquelle fonctionne depuis le 1er juillet 2002, après ratification de son statut par soixante Etats. Mais cette Cour ne peut évidemment se saisir de tous les criminels concernés. C’est pourquoi il est rappelé dans le préambule du statut de la CPI qu’«il est du devoir de chaque Etat de soumettre à sa juridiction criminelle les responsables de crimes internationaux».

Lire la suite...

- page 1 de 2