
- Par Sidiki Kaba, président d'honneur de la Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH)
Hissène Habré, Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba… : la liste s'allonge,
de ces dictateurs, chefs de guerre ou tortionnaires du continent africain
derrière les barreaux ou poursuivis par une justice extra-nationale. Il y a
quelques années, les avancées du droit international nous faisaient espérer
dans l’avenir, et nous étions nombreux alors, y compris sur le continent
africain, à affirmer haut et fort, que « la peur avait changé de camp ».
Enfin, les victimes, longtemps ignorées et laissées à leur sort, allaient avoir
gain de cause, se confronter à leurs bourreaux, et pouvoir ainsi re-vivre.
Oui mais avec le temps, le doute s'est progressivement instillé dans une
large partie de l’opinion publique africaine. Pourquoi cette liste aussi longue
de personnalités africaines ? Aidées par une propagande efficace diffusée
dans certains pays, les rumeurs se sont vite transformées en soupçons et les
soupçons en accusations : la justice internationale est une justice de
blancs, une justice qui ne fait que reproduire des schémas néo-colonialistes.
Pire, ceux qui luttent au niveau national ou international pour que soit
reconnu aux victimes le droit à la justice, sont désormais stigmatisés, et
accusés de faire le jeu des pays du nord.
Il nous faut cependant repenser ici certains faits objectifs. La justice
internationale ne s’intéresse pas uniquement aux dossiers du continent
africain, les activités du Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie en constituant
probablement l'exemple le plus probant. Tout comme les Chambres extraordinaires
cambodgiennes, dont la mise en œuvre a permis d’instaurer les conditions du
jugement d'anciens hauts responsables Khmers rouges encore en vie. Le Procureur
de la Cour pénale internationale s'intéresse par ailleurs aux crimes commis en
Colombie, en Afghanistan, en Géorgie, ... N’oublions pas également que nous
fêtons cette année les dix ans de l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet,
un épisode crucial de l’histoire de la justice internationale, qui allait
ouvrir la voie à de nombreuses autres procédures nationales ou
internationales.