Par Amandine Régamey, Anne Le Huérou,
Françoise Daucé
- Universitaires, Chargées de mission de la Fédération internationale des
ligues des droits de l’Homme (FIDH)
Depuis le début du mois d’août 2008, le conflit en Ossétie du sud a ravivé
les clichés médiatiques sur la Russie. Si les références à la « Guerre
froide » relèvent de l’envie de retrouver une analyse du monde facile,
celles sur la « menace russe » et « l’éternelle tentation
impériale » font resurgir des analyses toutes faites et manichéennes. De
même, les allusions fréquentes « aux Russes » pour désigner tantôt le
Président, tantôt le gouvernement, parfois les forces armées ou encore les
principaux médias en Russie, relèvent généralement de l’effet de style mais
peuvent parfois atteindre le niveau de l’amalgame, à la fois injuste pour une
partie de la population et trompeur pour ceux qui veulent analyser l’actualité.
C'est surtout nier l’existence de voix discordantes. Certes peu nombreuses et
peu audibles dans un espace médiatique largement contrôlé par l’État, celles-ci
s’expriment cependant par la voix de journalistes indépendants ou de groupes et
de militants alternatifs qui font entendre une appréciation critique des
événements. Il est intellectuellement de fort mauvaise foi de sans cesse
regretter d’un côté, que la Russie ne soit pas plus démocratique et de
n’accorder, de l’autre, aucune importance aux voix qui s’élèvent pour donner un
autre point de vue.
Le 8 septembre 2008, 13 ONG russes ont ainsi signé en commun une déclaration
sur le respect des droits de l’Homme dans le conflit russo-géorgien. Ces ONG
rappellent que « la défense concrète des droits de l’Homme doit être l’une
des missions principales de l’ensemble de la communauté européenne après la
crise d’août sur le territoire géorgien ». Loin du discours martial de V.
Poutine et D. Medvedev sur la responsabilité géorgienne dans le déclenchement
des hostilités, elles rappellent que « la responsabilité des évènements
incombe à tous les participants au conflit. Le degré de responsabilité et de
faute pour les atteintes concrètes au droit international doit faire l’objet
d’une enquête internationale sérieuse ». Certes, ces prises de position restent
fort modérées mais elles doivent être resituées dans un contexte politique et
médiatique russe extrêmement virulent à l’encontre de la Géorgie. Pour ne
prendre qu’un exemple, des sources proches du ministère des Affaires étrangères
russe n’ont pas hésité à affirmer, au début du mois d’août, que le gouvernement
de Saakachvili reprenait « la tradition de la propagande fasciste de
Goebbels ». Dans ce contexte, toute prise de position alternative mérite aussi
d’être soulignée.